La pensée du jour – 05/10/2016 Je suis Immortel !

Je suis immortel !

A 75 ans, les atteintes de l’âge ne m’ont pas encore frappé. Par nécessité, mais finalement aussi par plaisir, j’ai repris du service dans la société que j’ai créée.  J’ai retrouvé intactes mes talents d’innovateur et toutes mes capacités inventives dans mon domaine de prédilection : l’Intelligence Artificielle appliquée à la reconnaissance des formes et à l’extraction automatique de données dans les documents.

Cette impression que tout fonctionne comme avant me donne le sentiment bizarre d’une éternité temporelle, comme un immuable recommencement qui, dans mon ressenti sensoriel, n’a pas de raison de s’arrêter. Par expérience, je suis immortel !

Mon esprit est un peu comme la flamme d’une bougie.

La flamme ne peut avoir conscience que la bougie se consume : quand elle regarde la coupelle aux bords arrondis au centre de laquelle elle puise son énergie, elle la voit immuablement à la même distance puisqu’elle la suit dans son mouvement descendant. Pourquoi cet état stationnaire ne durerait-il pas ? Le plateau évasé de la bougie l’empêche de voir sa partie inférieure, entretenant cette illusion, et même lorsqu’elle se penche de côté, profitant d’un courant d’air pour tenter d’en apercevoir le fond, elle revient vite à sa position verticale, plus attirée par le ciel que par les vertiges mortifères de ces parois abyssales promptes à l’entrainer, dans un dernier souffle, vers l’extinction finale. Sauf accident, elle aussi se sent éternelle.

De cette impression bizarre qui, à chaque seconde renouvelée, contredit ma raison, j’ai tiré cette conclusion en forme d’aphorisme :

Je suis immortel, mais je sais que ça ne vas pas durer !

Philippe D. VINCENT  5 octobre 2016

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La pensée du jour – 14/09/2016: Vous avez dit Philosopher ?

Qu’est-ce que Philosopher ?

Philosopher, c’est d’abord faire taire le brouhaha du monde qui s’est incrusté en nous !

Philosopher, c’est ensuite écouter les rumeurs persistantes qui montent du fond de notre être.

Philosopher, c’est enfin percevoir dans ces chuchotements évanescents les lignes de force qui éclairent notre rapport au monde.

Philippe D. VINCENT

Doc. es Sciences Math.,  X 61,  membre des groupes X Auteurs, X Philo, X Sursaut

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La pensée du jour-15-05-2016- Nombrilisme et Chefs d’Entreprise

Aux Chefs d’Entreprise, mes collègues, mes amis et … à tous les autres:

Quand on marche en se regardant le nombril,

On a toutes les chances de se casser la gueule !

Philippe D. VINCENT,

Créateur du site www.ausecoursvoltaire.fr

(ce site n’a aucun lien avec un site ayant annexé le nom de Voltaire pour une cause peu représentative du siècle des lumières).

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Hé ho la gauche: Bonne question, mauvaise réponse

 

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Hé ho la gauche : bonne question, mauvaise réponse !

par

Philippe D. VINCENT *

 

À chacun son mouvement. « Hé ho la gauche ! », c’est un drôle de nom, tout de même ! Le style interpellatif suggère : il faut se ressaisir ! Mais pourquoi donc ? Bonne question en effet ! Bonne question, mais mauvaise réponse !

Le lundi, 18 avril, au meeting de lancement à la Faculté de Médecine de Paris (cela ne s’invente pas !), on avait plutôt l’impression d’assister au rassemblement du dernier carré des Loyalistes Royalistes de Hollandie ! Le Parti Socialiste est-il si démuni d’hommes et de femmes de talent qu’il faille se resserrer autour de celui qui a entrainé par ses échecs successifs le délitement de son Parti et son rejet par l’ensemble de l’opinion ? Comment peut-on, quand on a placé la Démocratie au sommet de ses valeurs, refuser de soumettre sa candidature au vote des militants ? Le  « MOI Président » de 2012 résonne rétrospectivement comme un indice prémonitoire de cette conception égocentrique du Pouvoir que nous n’avions pas su détecter dans le caractère du candidat d’alors.

Avez-vous observé la composition de l’assistance à ce premier meeting ? On y retrouvait la cohorte des affidés au clan des Hollandais, le club des obligés du Président, les fidèles de toujours, mais aussi les heureux élus de la dernière heure, encore tout émerveillés de la faveur qui leur est faite, tout émoustillés des bonnes places qui leur sont offertes, et qu’ils voudraient garder encore un peu …

Devant cette mascarade organisée, on a envie de dire : Hé ho la vraie gauche, la gauche sincère, allez-vous vous ressaisir, vous rebeller contre cette tentative de Putsch qui donne une si piètre image des valeurs que vous avez défendues ?

 

*Polytechnicien, doc. es Sc., observateur de la vie politique et créateur du site  www.ausecoursvoltaire.fr  (ce site n’a aucun lien avec un site ayant annexé le nom de Voltaire pour une cause peu représentative du siècle des lumières).

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La Pensée du Jour -7/04/2016: Hollande et les sondages

<< Quand on voit notre Président qui n’arrête pas de descendre dans les sondages,

Et qui n’a même pas réussi à trouver du pétrole,

On se dit qu’on a atteint le fond ! >>

Philippe D. VINCENT, 7 avril 2016

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Vers un rétablissement de la peine de mort ?

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Vers un rétablissement de la peine de mort ?

Le 20éme anniversaire de la mort de François Mitterrand qui tombe en ce mois de janvier vient, par le hasard du calendrier, s’immiscer dans le débat sur la Déchéance de Nationalité initié par François Hollande.

Cet anniversaire nous rappelle le courage politique dont il (François Mitterrand) avait fait preuve,  en faisant voter, dans la foulée de son élection, l’abolition de la peine de mort, malgré 62 % d’opinions hostiles. Défendue avec conviction et panache par Robert Badinter, cette mesure emblématique reste attachée à sa Présidence, et force le respect de tous, quels que soient les jugements que l’on peut porter sur ses diverses actions politiques tout au long de ses deux mandats.

Il est remarquable de noter qu’aucun parti, même parmi les plus extrémistes, ne songerait à revenir sur cette décision, et l’abolition de la peine de mort s’est définitivement inscrite dans le patrimoine génétique de notre culture.

Comment ne pas faire le parallèle avec la démagogie de François Hollande qui, surfant sur l’émotion compréhensible de l’opinion après les attentats de 2015, instrumentalise ce traumatisme pour s’offrir, à peu de frais, un succès politique qu’il n’a pas su trouver ailleurs, dans cette baisse du chômage qu’il attend toujours, années après années, comme d’autres attendaient Godot dans la pièce de Samuel Beckett[i], ou dans cette réduction du Déficit Public, toujours remise à plus tard pour acheter quelques soutiens clientélistes nécessaires à sa survie ?

La Déchéance de Nationalité qu’il voudrait instaurer n’est-elle pas une sorte de mort administrative, rejetant les apatrides ainsi créés dans Un lieu incertain, zombis errants condamnés à être partout, donc nulle part, comme les vampires du roman de Fred Vargas ?

En commettant leurs crimes horribles, les terroristes de nationalité française ne se sont-ils pas exclus d’eux-mêmes de leur citoyenneté,  rejetant les principes de base qui fondent l’appartenance à la communauté nationale ?

On peut dire la même chose de ceux qui, par l’atrocité de leurs crimes, nous apparaissent comme ayant perdu leur qualité d’êtres humains. Pour autant, notre société se refuse à commettre à leur égard l’exclusion physique du monde des vivants, à laquelle ils ont pourtant condamné leurs victimes. La logique légitimant la mesure de Déchéance de Nationalité prônée par François Hollande ne conduirait-elle pas, de la même manière, à justifier le rétablissement de la peine de mort pour les crimes monstrueux ?

Ne serait-ce pas l’Honneur de la France d’assumer la nationalité qu’elle a accordée à tous ses citoyens, que ce soit par leur naissance ou par une décision administrative accédant à leur demande, même lorsqu’ils se sont, par la suite, rendus coupables de crimes horribles contre leurs propres compatriotes.  Il ne s’agit pas d’être laxiste ni indulgent face à leurs forfaits, mais de les punir selon la loi qui s’impose à tout citoyen, tout en maintenant l’intangibilité de leur statut de français.

Par rapport au courage politique du Mitterrand de 1981, le suivisme de François Hollande le disqualifie définitivement pour se présenter comme l’héritier naturel du premier Président de gauche de notre République.

Qui plus est, cette mesure de Déchéance parait ridiculement grotesque et inefficace face à un kamikaze résolu à se faire exploser à l’issue de son forfait, rendant caduque toute justification d’une telle condamnation.

Cette manœuvre de Hollande, probablement censée jeter le trouble à droite, se retourne contre son auteur en prenant à contre-pied la gauche sincère, révélant le clivage entre les hommes et femmes de conviction, et ceux qui se mettent dans la roue du chef de clan qu’ils ont choisi par opportunisme politique. Ces derniers, clamant partout que le Président actuel est « le candidat naturel  de la gauche »,  espèrent qu’en rendant François Hollande incontournable, ils pourront cumuler pour lui à la fois les voix (un peu forcées) de gauche et celles d’une partie de l’électorat de droite. La ficelle est un peu grosse, mais elle a au moins l’avantage de révéler au grand jour les vrais socialistes, ceux qui méritent estime et respect pour leur attachement à leurs idées, fussions-nous en désaccord avec certaines d’entre elles, et ceux qui, plus préoccupés par leur carrière politique, n’hésitent pas à renier leurs valeurs dans l’espoir de se maintenir au pouvoir.

En définitive, n’est-ce pas François Hollande qui, renonçant à toute cohérence idéologique, va se désagréger en de multiples morceaux aux quatre coins de l’échiquier politique, comme le kamikaze se faisant exploser, et pour finir, apatride flottant entre deux eaux, se retrouver en ces lieux incertains qui caractérisent le non-être?

 

Philippe VINCENT,

Polytechnicien, Doc. es Sc., créateur de PME à forte croissance, ami de la sagesse et de la raison,

s’exprimant en toute indépendance d’esprit,

Site : www.ausecoursvoltaire.fr  (ce site n’a aucun lien avec un site ayant annexé le nom de Voltaire pour une cause peu représentative du siècle des lumières)

 


[i] dont on nous dit qu’elle s’inscrivait  dans le courant du théâtre de l’absurde …

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LES MONTAGNES SACREES

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For English language readers :  BD-The Holy Mountains

Les Montagnes Sacrées

La nuit dernière, j’ai fait un rêve, un rêve étrange et mystérieux composé de sept tableaux qui m’apparurent en flashes successifs s’imposant à moi comme des évidences.

J’ai d’abord vu le peuple hébreu gravissant, sous la houlette de ses Prophètes, une montagne qu’ils appelaient

Et puis m’est apparu le peuple des Chrétiens escaladant une autre montagne, qu’ils appelaient

Et puis, les peuples de l’Islam emmenés par leur Prophète, montant à la rencontre de leur Dieu qui siégeait au sommet de

Je vis aussi les peuples d’Extrême-Orient gravissant, dans le sillage de leurs chefs spirituels,

 

Et puis, je vis les philosophes humanistes de tous les temps entrainant leurs adeptes à l’assaut de

Et je vis enfin la cohorte des hommes et femmes de Science de toutes les nations plantant avec obstination les pitons de leurs Lois et de leurs Principes dans les escarpements rocheux de

 

Mon rêve s’interrompit, comme pour laisser à tous ces grimpeurs le temps de se rapprocher du haut de leur Montagne, en ces lieux où les distances se réduisent à l’approche du point culminant. Et soudain, je vis, dans une ultime fulgurance, l’image d’une Montagne unique, et sur les flancs escarpés bordant son sommet, je reconnus les foules en transhumances spirituelles qui peuplaient mes premières visions.

Maintenant à portée de vue, à portée de voix des autres versants de la montagne, elles réalisaient, je réalisais avec elles, que, sans le savoir, c’était la même Montagne qu’elles avaient escaladée, convergeant de toutes les directions en fonction de leurs territoires d’origine,

Il y eut des scènes de fraternisation, des dialogues esquissés par-dessus les éperons rocheux, mais n’imaginez-pas pour autant une quelconque fusion entre les différentes doctrines, une quelconque renonciation aux traditions ancestrales. Simplement, l’Autre n’était plus l’Ennemi d’hier, il était devenu le Compagnon d’escalade, celui qui, par d’autres voies, était, en définitive, à la recherche de la même chose …

 

 

Nous étions au début du troisième millénaire. C’était un rêve, juste un petit rêve, mais l’Histoire nous avait appris que, parfois, les rêves se réalisent …

Philippe D. VINCENT  (X 61)

Ami de la sagesse et de l’entente entre les hommes

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Au secours Voltaire : introduction au site

Cela faisait de nombreuses années que je ne pouvais m’empêcher de noter avec agacement les multiples incohérences et petites absurdités de notre société contemporaine. Il y avait bien sûr le domaine inépuisable de ces règlements administratifs, souvent contradictoires, accumulés parfois sans la moindre nécessité si ce n’est cette manie de contrôler le moindre geste de la vie des citoyens. Mais il y avait aussi, dans le discours ambiant, cette tendance généralisée à privilégier la défense subjective d’un clan en annexant la raison à sa cause. Que ce soit à la télévision, dans les médias, et même dans les relations sociales de la vie quotidienne, bien peu de discussions se plaçaient sur le plan d’un échange honnête d’arguments. L’art de participer à un débat était devenu celui d’occuper le terrain en empêchant l’autre de parler. Et puis un jour, où une stupidité de plus, une stupidité de trop, était venue frapper mes oreilles, comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase, du plus profond de moi avait jailli ce cri :

« Au secours Descartes, au secours Voltaire, ils sont devenus fous ! »

Pourquoi Descartes, pourquoi Voltaire ?

Depuis mon enfance, aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours été attiré par les mathématiques. A cinq ans, je réalisais mon premier exploit en comptant jusqu’à mille sans perdre le fil ! Elevé à l’école de la science, je découvris plus tard avec émerveillement cette manière rigoureuse de représenter l’espace à laquelle Descartes a attaché son nom. Avec Descartes, Pascal, Fermat et bien d’autres, le 17éme siècle, a vu le triomphe des Mathématiques comme langage propre à représenter le monde physique. Le raisonnement mathématique a apporté aux scientifiques l’outil permettant de développer une vision objective des phénomènes de la Nature, c’est-à-dire s’imposant à tout esprit sain et de bonne foi. La Vérité mathématique remplaçait le Dogme, et les savants pouvaient se mettre d’accord par l’échange d’arguments plutôt que par les batailles claniques entre écoles ennemies.
Et Descartes est resté pour moi le symbole de cette rigueur de raisonnement qu’on a appelé l’esprit cartésien.

Dans le prolongement de ce succès, l’élite intellectuelle du 18éme siècle a eu l’ambition d’étendre cette approche gouvernée par la raison au domaine des idées dans son ensemble, qu’il s’agisse de la philosophie, de l’organisation de la citée, et de toutes les disciplines humaines qui ont pour vocation de créer, sur des sujets spécifiques, des territoires de rencontre et d’échanges conceptuels entre les hommes. La Raison a ainsi été érigée en juge suprême qui s’impose à tous, remplaçant un Dieu tout puissant qui, par sa transcendance, imposait aux hommes le bien, le vrai, le juste.
Cette idée fondatrice du Siècle des Lumières a aussi eu pour ambition de substituer aux rapports de force des rapports de raison. Avant, il était facile pour chaque clan d’annexer Dieu à sa cause, et en définitive, la raison du plus fort était toujours la meilleure. Avec les Lumières, les conflits devenaient résolubles par la discussion, pour peu que les protagonistes aient ce minimum de bonne foi qui est, selon Luc Ferry, la première des vertus.1

La citation qui, pour moi, illustre le mieux ce nouvel état d’esprit, est cette phrase, attribuée à Voltaire, à l’adresse d’un de ses contradicteurs en butte à la censure royale :
« Je combats vos idées parce que je les crois fausses, mais je serai toujours à vos côtés pour défendre votre droit à les exprimer. » 2
Voltaire représente ainsi pour moi la figure emblématique de ce XVIIIéme siècle dont j’admire tant les idées.

Le rêve de ces nouveaux honnêtes hommes du XVIIIéme siècle allait-il ouvrir à l’humanité une ère de relations apaisées entre les hommes ?

Hélas, il n’en fut rien.

En prélude au XIXéme siècle, la Révolution triomphante a dû se défendre par les armes pour protéger ses acquis menacés par les régimes autocratiques ligués contre elle. Ensuite, avec la reprise en main de Napoléon, cette puissance militaire est devenue plus offensive avec l’objectif déclaré d’imposer à l’Europe les idées libératrices de la Révolution. La force s’était, en quelques sortes, mise au service de la Juste Cause, car, en dépit de son esprit guerrier, c’est ainsi que le petit caporal concevait, à l’origine, sa mission historique.

A la chute de Napoléon, les monarchies de retour ont dû malgré tout se plier à des régimes constitutionnels, marquant par là que les idées du XVIIIéme siècle s’étaient durablement installées dans les mentalités.

Malheureusement, l’avènement de la société industrielle, en bouleversant l’ordre social, a remis au centre des conflits les rapports de force comme arme de lutte pour faire triompher sa cause. Karl Marx a été le principal initiateur de ce retournement, même si le monde industriel naissant a provoqué cette régression par son comportement de « renard » imposant sa loi dans le poulailler.

Les milieux dirigeants, oubliant toute l’empathie qu’aurait pu leur inspirer les valeurs chrétiennes pourtant partie intégrante de leur éducation bourgeoise, s’étaient laissés aller à la pente facile de l’exploitation de cette masse ouvrière vulnérable, enrôlée au service du « progrès » industriel.

Devant cet état de fait, le constat de Marx a été que la Bourgeoisie Industrielle, abusant de sa position dominante, imposait la prééminence de ses intérêts aux ouvriers condamnés à subir leur sort pour ne pas tomber dans la misère. Convaincu que, devant un tel déséquilibre, la raison n’avait aucune chance de faire triompher la justice sociale, Marx a dit en substance aux ouvriers : utilisez les armes de vos ennemis, unissez-vous pour opposer à la domination des patrons la force de votre coalition. Les conflits sociaux ont ainsi remis les rapports de force au centre du jeu.

La fin du XIXéme et tout le XXéme siècle ont été dominés par l’omniprésence de la force comme acteur principal dans la résolution des conflits.

Il y eut les guerres assassines, bien sûr, mais aussi la perpétuation de cette idéologie de combat dans les conflits sociaux. Et même jusqu’à nos jours, la culture syndicale est restée imprégnée de cet esprit de lutte, à tel point que les « négociations » entre partenaires sociaux ne sont, en définitive, que des bancs d’essai pour tester le rapport des forces en présence, des sortes de joutes entre délégués de chaque clan, préfigurant l’issue d’une bataille en vrai grandeur3 . La sagesse se limite ici à faire l’économie de combats bien plus meurtriers, par un « compromis » raisonnable, qui n’est que le résultat de la prise de conscience, par chaque partie, de la conclusion prévisible de tels combats, compte tenu des forces en présence. En définitive, c’est encore le plus fort qui fait pencher la balance du côté de ses intérêts, même si l’ « arrangement » consiste à donner à chacun des satisfactions sur certains points auxquels l’autre accorde moins d’importance, ce qui est déjà un progrès.

Même si, dans la forme, la présentation de points de vue argumentés est devenue un passage obligé, la raison reste, de fait, écartée de la discussion, car le but de cette « dialectique » n’est pas de déterminer ensemble la solution objectivement la plus raisonnable, mais de déstabiliser l’autre dans sa propre logique pour gagner l’affrontement conceptuel. La bataille a toujours lieu, mais ce sont les armes qui ont changé. On se bat à coup de projectiles conceptuels, et la destruction physique de l’autre n’est plus à l’ordre du jour. C’est en quelques sortes, un combat entre Horaces et Curiaces à fleurets mouchetés.

Ce détournement de la raison à des fins partisanes est une perversion de l’esprit du XVIIIéme siècle, qui espérait que les hommes pourraient se placer au-dessus des points de vue partisans pour juger, du haut de l’Olympe du dieu Raison, ce qui objectivement paraissait le plus juste.

Je n’ignore pas les progrès réalisés depuis les siècles passés, mais je déplore l’omniprésence de ces atteintes à la raison la plus élémentaire, qui quotidiennement viennent frapper nos esprits, comme une pollution persistante de notre monde contemporain.

Ce site a pour vocation de faire ressortir ces multiples absurdités, petites ou grandes, qui peuplent notre environnement, dans l’espoir très freudien qu’avec cette prise de conscience, elles deviennent inacceptables pour nous, et donc que leurs auteurs soient, d’instinct, incités à en freiner la prolifération.

Bien sûr, tous les domaines de l’activité humaine ne relèvent pas de la Raison, et il ne s’agit pas de vouloir tout rationaliser. Ce qui fait la valeur de la nature humaine, c’est ce mélange de sensibilité, d’affectivité et d’intuition qui donne à l’homme en tant qu’individu cette profondeur infinie qui plonge jusqu’à l’indiscernable, combiné à cet esprit de raison qui crée des territoires conceptuels de socialisation et d’échanges sans lesquels la société humaine n’aurait pas pu se développer.

Philippe VINCENT
Polytechnicien (X61), docteur ès Sciences Mathématiques, patron de PME et … « ami de la sagesse »

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[1] Dans toute démonstration mathématique, on part de postulats acceptés par tous, et on déduit par le raisonnement des conséquences qui en découlent inéluctablement. En physique, on se base sur des Principes établis par l’expérience et qui, appliqués au cas de figure étudié, se traduisent par l’explication de phénomènes observés ou leur prédiction. Le même schéma de raisonnement a été transposé par les penseurs du 18éme siècle au domaine de la vie publique, lorsqu’ils ont mis en avant les concepts  de Constitution et d’Etat de droit, base de toute discussion future :
Au départ, on se met d’accord sur un ensemble de principes généraux régissant chaque domaine, et quand, plus tard, vient le temps des controverses, on est tenu par ses acquiescements initiaux. Les discussions se passent à livre ouvert, chacun explicitant les arguments réels qui fondent son point de vue, et acceptant aussi l’éventualité de se laisser convaincre par les arguments de l’autre.
 
[2] Même si l’attribution de cette phrase à Voltaire est contestée – je l’ai moi-même retranscrite à ma manière -, elle est restée comme représentative de sa pensée.
 
[3] à la manière des Horaces et des Curiaces promus champions de leurs Citées respectives pour trouver une issue moins sanglante à la guerre qui se préparait
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Billet d’Humeur Polytechnicienne- Rapport Attali

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Le texte de la Présentation de Bernard ATTALI à laquelle cet article répond est accessible en fichier Pdf en cliquant sur le lien suivant: Exposé de B.Attali à l’AG de l’AX

BILLET D’HUMEUR POLYTECHNICIENNE

Lundi 29 juin, à l’occasion de l’A.G. de l’AX, Bernard ATTALI est venu présenter et débattre de son rapport « explosif » et contesté sur l’avenir de l’École Polytechnique.

Il a démarré sur une pensée  « de Montaigne », en guise d’auto-consolation face à la prétendue bêtise des critiques qu’il a essuyées, pensée qui disait « en substance » :

« Quand le sot attaque le raisonneur, c’est qu’il n’est pas capable d’attaquer le raisonnement ».

La suite a été déroutante, car il avait une occasion unique d’exposer la substantifique moelle de son rapport et de corriger, à travers cette explication de texte, quelques-unes des « contre-vérités » entendues, selon lui, à sa sortie. Au lieu de cela, se contentant de postuler que le public avait forcément lu le rapport, (ce qui ne coulait pas de source, juste après sa parution), il a pris le parti de « commencer par la fin », c’est-à-dire par « les réactions que [son] rapport a[vait] suscitées ».

S’en est suivi un exposé chaotique, sans fil conducteur, où les critiques étaient systématiquement présentées comme relevant d’attitudes subjectives et émotionnelles, de combats d’arrière-garde d’une communauté repliée sur son passé, Bernard ATTALI retrouvant instinctivement toutes les ficelles chères aux politiques :

- Monter en épingle les critiques les plus sottes pour disqualifier toutes les autres (et ne pas avoir à y répondre !)

- Faire des procès d’intention gratuits, désobligeants et primaires (vous voulez défendre vos privilèges …)

- Manier l’invective, comme, par exemple, parler de la « schizophrénie bien française, ce mélange d’arrogance et de passéisme qui finalement paralyse le changement »,  schizophrénie  qui expliquerait, selon lui, les réactions hostiles à ses idées,

- Traiter de ringards ceux qui ne pensent pas comme lui …

La séance des questions avec la salle n’a fait qu’amplifier cette impression d’agression défensive de la part d’un Bernard ATTALI fustigeant ses contradicteurs à coups de remarques caustiques et d’accusations désobligeantes (corporatisme, immobilisme, sclérose, repli sur soi, …), au lieu d’argumenter sur le fond en réponse aux critiques, illustrant l’attitude subjective du sot qu’il condamnait au début de son exposé :  « Quand le sot attaque le raisonneur, …  ».

Et c’est vrai que les questions de la salle étaient particulièrement pertinentes et de qualité, mais elles n’ont pas eu les réponses raisonnées qu’elles méritaient. On doit saluer la maitrise de soi des intervenants, qui ont gardé cette attitude posée qui caractérise les esprits clairs et sereins, biens dans leurs neurones comme dans leurs baskets (il est vrai que le sport tient une place importante dans nos études …). On était venu pour un débat, pas pour un combat, ni pour une débâcle de l’esprit de raison …

Le plus savoureux est que la pensée mise en exergue par Bernard ATTALI, et qu’il attribuait à Montaigne (16éme siècle) est en réalité de … Paul Valéry (20éme siècle), sous la forme exacte de :

« Qui ne peut attaquer le raisonnement, attaque le raisonneur »

(le mot sot apparait à la fin de la phrase précédente, expliquant l‘amalgame mémoriel …).

Je sais que cette bévue peut paraître anecdotique, mais, comme dit le proverbe,

il n’est de plus grand plaisir que de donner des leçons au donneur de leçons

A l’occasion d’une question de la salle, Bernard ATTALI s’en est pris à tout l’auditoire avec une violence verbale difficilement contenue, nous accusant franchement d’immobilisme et de sclérose en bande organisée (l’expression est de moi) : « qu’avez-vous fait pour faire évoluer votre École ? ». En réponse à cette accusation aussi gratuite qu’injuste, de nombreuses protestations sont montées de la salle, et j’ai moi-même donné de la voix, me sentant personnellement pris à parti (qu’en sait-il, ce monsieur que je ne connais pas, qui ne me connait pas, de ce que je pense, de ce que je fais ?). Je crois que je me suis exclamé : « ça, c’est un peu fort, ça dépasse les bornes ! ». J’aurais voulu lui lancer : « dites tout de suite que nous sommes des demeurés incapables d’évoluer ! », mais voilà, je n’avais pas à portée de main le micro, ce sceptre moderne symbole du pouvoir médiatique !

J’aurais voulu lui dire que nous aimons cette école non par un romantisme désuet, mais pour tout ce qu’elle nous a apporté …

La diversité communicante

«  … Monsieur Bernard ATTALI, ce que nous voulons préserver, c’est la richesse de cette École, qui a fait ce que nous sommes, et cette richesse, c’est d’abord la diversité de son enseignement : nous n’avons pas attendu la mode actuelle pour pratiquer l’interdisciplinarité dans notre formation. Connaissez-vous l’éventail  de toutes les disciplines enseignées à Polytechnique ?

En plus des matières de base, Mathématiques, Physique, Chimie, Économie … , l’École propose aussi des cours couvrant des domaines aussi variés que :

Lettres et Philosophie, Sciences de l’Homme et de la société, Entreprises : management et organisation, Économie et Société, Histoire, Sciences politiques et Relations internationales, Beaux-arts et Architecture …

C’était il y a bien longtemps, mais  je m’en souviens encore, j’avais même  suivi, à l’École, une initiation à … la Graphologie. N’est-ce pas une preuve d’ouverture d’esprit de la part de cette École que vous qualifiez de repliée sur elle-même ? Notre École mérite bien son nom de Polytechnique !

 

Monsieur Bernard ATTALI, la richesse de notre communauté, c’est aussi la grande variété des parcours professionnels de ses anciens élèves. Dans cette salle, vous seriez étonné de retrouver, côte-à-côte,  une telle diversité de professions représentées. Des Physiciens et des Mathématiciens, bien sûr, mais aussi combien de Grands Commis de l’État, combien de Politiciens de premier plan (y compris étrangers, marocains par exemple), combien de PDG de Grandes et Petites Entreprises, combien d’Officiers, combien de Chercheurs dans toutes disciplines, côtoyant tel Philosophe, tel Professeur de Littérature au Collège de France, tels Chefs d’orchestre, Compositeurs, Producteurs de Comédie Musicale,  ou encore tels Spationautes, Historiens, Théologiens, Ecclésiastiques, Architectes-urbanistes, Géologues, une multitude d’Ingénieurs célèbres pour leurs inventions et de Chercheurs pour leurs découvertes, et peut-être même l’esprit d’un certain champion de tennis flottant encore sur cette communauté réunie.

Les liens qui se tissent durant la vie commune à l’École se prolongent tout au long de nos existences,  et cela favorise les contacts avec des modes de pensée qui se sont diversifiés au fil des vies de chacun.

Cette diversité communicante de notre communauté est un facteur puissant de créativité, car, tout chercheur le sait, c’est souvent dans le contact avec les représentations intuitives de disciplines très éloignées que son inconscient vient puiser les images provoquant la cristallisation des morceaux dispersés de ses pensées latentes, cet éclair intérieur donnant naissance à la solution longtemps recherchée, qui avait propulsé Archimède hors de son bain, inscrivant dans toutes les langues de la terre son fameux Euréka comme expression universelle de la créativité de l’esprit humain.

Cette diversité communicante est aussi un facteur de stabilité sociale, en maintenant le lien entre les anciens élèves en dépit de leurs différences et de leurs opinions divergentes.

L’art de penser par soi-même.

En définitive, ce que nous a appris Polytechnique, c’est l’art de penser par soi-même, et ce cadeau qui nous est fait pour toute la vie, nous ne voulons pas en priver les générations futures, alors que cet atout apparait plus indispensable que jamais pour notre pays, face aux défis qui nous attendent dans un monde en pleine mutation.

Nul doute que, si Polytechnique avait été créée quelques siècles plus tôt, Baruch Spinoza en eut été l’un des premiers élèves étrangers, lui qui, toute sa vie, s’est attaché à développer cette autonomie de pensée qui lui était si chère ; nul doute que Michel de Montaigne en eut été l’un des pères fondateurs, inscrivant peut-être au fronton de l’École sa devise :

« Mieux vaut tête bien faite que tête bien pleine ».

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La raison de nos réticences à vos propositions est que nous ne voyons pas où est le problème. Nous avons le sentiment que notre École se porte bien, qu’elle garde toute son excellence et son attractivité. Si encore le nombre de candidats au Concours d’entrée décroissait d’année en année, s’il était délaissé par les candidats étrangers, si les mieux placés préféraient intégrer d’autres écoles concurrentes, si, au sortir de l’École, les élèves ne trouvaient pas de travail, on pourrait se poser des questions ! Alors qu’autour de nous, bien des secteurs d’activité sont confrontés à de graves difficultés et que, sur le plan politique, bien des problèmes de gouvernance se posent, tant au niveau de notre pays que de cette Europe où les rêves des pères fondateurs se transforment en cauchemars, pourquoi se pencher sur ce malade bien-portant qui s’appelle Polytechnique ?

Avec une rare élégance, vous nous avez accusés de nous enliser dans notre mare. Et qu’est-ce que vous  proposez ? Nous noyer dans la masse! Drôle de remède ! Drôle d’argument rationnel !

Au début de votre intervention, vous déclarez partir d’un Constat, qualifié ensuite de Prémisses. Les prémisses sont des Postulats qui, s’ils sont acceptés, entrainent l’acceptation de la conclusion. Avant d’aller plus loin, il est donc essentiel d’obtenir l’adhésion de vos interlocuteurs à ce point de départ. Or, là est le problème, nous ne sommes pas convaincus par cette vérité autoproclamée.

Nécessité de croissance ?

Vous présentez la nécessité de croissance comme une évidence, une loi de la nature à laquelle on ne peut se soustraire. Or, si cette règle s’applique aux plantes,  le monde animal nous montre le contraire : après une phase de croissance, la taille des animaux se stabilise à l’âge adulte, à l’exception du Varan de Komodo, qui semble dépourvu d’un tel système de régulation, et peut ainsi atteindre de très grandes tailles (mais ce gros lézard tout droit sorti de la préhistoire n’est pas un animal du genre « bicorne » !). Avec ses 220 ans d’histoire, on peut penser que Polytechnique a atteint sa maturité !

Vous nous prêtez l’idée que l’arrivée d’élèves étrangers en plus grand nombre abaisserait le niveau de l’École parce qu’ils seraient de moindre qualité. Nous ne faisons pas ce complexe de supériorité, et si nous avons des réticences, c’est simplement que nous craignons que l’augmentation du nombre des élèves nuise à l’esprit de l’École, et que le « village Polytechnicien », où les contacts de proximité permettent cette diversité communicante qui nous est chère, ne se transforme en une de ces Mégapoles Urbaines où les individus, noyés dans la foule, ne sont qu’une juxtaposition de solitudes.

Pour  justifier votre injonction de croissance pour l’X, vous invoquez le Classement de Shanghai, qui ne nous attribue pas une bonne note (à cause du critère de taille), et vous nous accusez d’être les mauvais joueurs qui « contestent l’arbitre quand ils sont sur le terrain ». Permettez-moi de faire trois remarques :

1-          Pourquoi devrions nous nous soumettre à un arbitre autoproclamé, ou plutôt attalioproclamé ?

2-          L’École Polytechnique ne joue pas dans la même catégorie : une équipe de rugby accepterait-elle d’être jugée par un arbitre de football ?

3-          Manifestement, l’Université de Jiao Tong, dans l’établissement de ses critères, s’est appuyée sur le modèle des campus américains, ce qui aboutit à la tautologie que, sur ces critères, les premières de chaque classement sont … des universités américaines !

On retrouve les mêmes arguments de fond développés par Geneviève Fioraso lors d’une interview en août 2014 à Europe1, à l’occasion de la sortie du dernier « Classement », pour en relativiser l’importance! On peut penser que l’ancienne Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche avait un « horizon mental suffisamment élargi » pour qu’on accorde quelque crédit à son propos !

Supprimer les Classements ?

Monsieur Attali, vous qui aimez tant les classements, pourquoi voulez-vous supprimer celui de sortie de l’X ? Vous qui voudriez rééquilibrer la composition sociologique des élèves, lutter contre les phénomènes d’exclusion sociale et répondre au « procès en illégitimité fait aux élites », pourquoi voudriez–vous supprimer ce classement de sortie qui représente le critère le plus juste et le plus objectif pour répartir les places dans les différentes écoles d’application ? Au lieu de cela, vous proposez de faire ces choix « sur dossier », ouvrant la voie à toutes les pressions exercées par ces mêmes élites pour se reproduire, à l’intérieur même de chaque Grand Corps de l’État !

Le Classement à partir d’épreuves anonymes est une vraie égalité des chances et la meilleure garantie d’un vrai respect de la diversité sociale, au même titre que le port de l’uniforme qui a contribué à gommer les différences d’origines sociales pour ne retenir que les qualités individuelles. Cette tradition républicaine est notre fierté, et nous ne sommes pas près de la laisser rayer d’un trait de plume !

Vous le savez, la mauvaise représentation de la diversité sociale dans les classes apparait dès le Primaire, s’amplifie durant le Secondaire et, à l’entrée dans l’Enseignement Supérieur, les jeux sont faits. Il est injuste d’en accuser notre École. Les causes sont d’ordres sociologiques et psychologiques, car les potentialités intellectuelles des enfants à leur naissance sont également réparties. Notre idéal républicain nous conduit à rechercher l’atténuation des différences qui apparaissent ensuite, ce qui suppose une analyse fine des causes. Pour lutter contre de telles discriminations liées à des freins psychologiques et sociaux, et pour faire évoluer les mentalités, il peut s’avérer nécessaire, pour un temps, de forcer le mouvement en introduisant des quotas.

Introduire des Quotas pour l’entrée à Polytechnique ?

 C’est une mauvaise idée, car c’est en amont qu’il faut agir. Forcer l’intégration à Polytechnique d’élèves qui n’auraient pas le niveau conduirait à une École à deux vitesses, avec des élèves qui auraient un diplôme au rabais, ce qui ne ferait qu’accentuer le ressenti de leur infériorité. Un Diplôme n’est pas un titre honorifique, c’est l’attestation d’une capacité dans un domaine donné. Avoir un diplôme sans en avoir les capacités correspondantes est un contresens. Amener les élèves d’origine moins favorisée à atteindre le niveau requis pour intégrer l’X devrait être le seul objectif. C’est dans cette perspective que, soucieux d’apporter, au-delà de mes critiques,  une contribution positive, je fais la proposition suivante :

Introduire des quotas à l’entrée des Prépas,

en imposant un pourcentage d’élèves issus de milieux défavorisés, dans les Prépas, même les plus cotées : à elles de prouver l’excellence de leur enseignement ! Ainsi, on donnerait leur chance aux élèves les plus désavantagés, à eux de la saisir par leur travail et leur volonté. Quelle fierté pour un tel élève d’avoir intégré l’X par ses propres efforts et non par une mesure de fausse charité condescendante ! Quel respect de la part des autres élèves, devant les qualités de caractères ainsi révélées !

Une vraie Politique de Marque ?

J’avoue avoir été choqué de vous entendre préconiser une « vraie politique de marque ». Une École d’un tel niveau d’excellence, qui plus est sous la tutelle directe de l’État depuis son origine, peut-elle être considérée comme un paquet de lessive ? N’est-il pas choquant que, dans un rapport écrit à la demande d’un gouvernement socialiste, une telle considération de marketing puisse prendre place ? L’Éducation est une valeur trop essentielle pour un pays, valeur reconnue par tous les partis de gouvernement, pour être rabaissée au niveau d’un produit marchand soumis aux lois de la mondialisation. La vocation de notre École est avant tout publique : apporter au pays les élites de qualité qui, essaimées dans tous les secteurs essentiels, seront les ferments le hissant au plus haut parmi les nations. Le but n’est pas de vendre l’excellence Polytechnicienne à plus d’élèves étrangers, mais d’armer nos élites pour faire gagner la France dans la Compétition Internationale. Mieux vaut orienter les X vers la conquête économique en facilitant leur expatriation, mieux vaut les faire briller de leur intelligence, de leur créativité et de leur inventivité, les mettant en situation de s’imposer comme membres éminents de la Communauté Scientifique, pour le plus grand prestige de la France. Mieux vaut les mettre en position de contribuer ainsi à la notoriété internationale de notre pays, plutôt que de viser une attractivité plus forte de l’École, dans le seul but de la « vendre mieux » sur le marché mondial de la Connaissance et, par ce fundraising (!) amélioré, faire économiser à l’État quelques malheureux euros !

Monsieur Bernard Attali, ces considérations budgétaires semblent bien dérisoires au vu de la mission d’Intérêt général de notre École. Cette focalisation sur ce seul marché de l’Économie Mondiale de la Connaissance paraît bien étrécie, face aux enjeux déterminants pour l’avenir de notre pays.

Ma longue expérience de Chef d’Entreprise m’a appris la prudence dans chaque prise de décision.  L’audace doit être pondérée par une prudence protectrice de l’acquis. Certes, cela ne doit pas être source d’immobilisme, car il y a péril en la demeure. Ce dosage subtil entre audace et prudence, c’est ce qui fait la noblesse du métier de Chef d’Entreprise. Vous-même, qui avez été confronté à cet éternel dilemme, devez résister au plaisir flatteur de trancher avec audace, pour préserver ce qui constitue la spécificité de notre École et sa valeur intrinsèque.

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Avant de vous quitter, petite information utile à votre culture : la « Cité Radieuse », c’est Le Corbusier. Péguy, c’est la « Cité Harmonieuse » (mais nos camarades polytechniciens auront rectifié d’eux-mêmes).

J’espère, Monsieur Bernard Attali, que vous me pardonnerez le ton direct et incisif que j’ai employé, mais c’est bien ce que permet le genre « billet d’humeur ».  Nul doute pour moi que, beau joueur, vous saurez en extraire le contenu positif et en tirer les enseignements susceptibles d’alimenter votre réflexion, dans un sens préservant les valeurs essentielles de notre École !

»

Philippe VINCENT, X 61,

Doc. es Sc., chercheur/créateur d’Entreprises, patron de PME à forte croissance,

s’exprimant en toute indépendance et sous sa propre responsabilité.